Débarquement d'Anjouan : L'armée nationale affine ses derniers préparatifs

Débarquement d’Anjouan : L’armée nationale affine ses derniers préparatifs
Moroni, vendredi 8 février 2008 (HZK-Presse) – Alors que les milieux diplomatiques de la capitale semblent encore croire à une probable sortie de crise « négociée » avec le colonel Mohamed Bacar, l'armée nationale poursuit et intensifie ses préparatifs pour être prêts à passer à l'acte ultime le jour « j ».

Deux bateaux ont quitté hier jeudi le port de Moroni, en début de soirée pour Mohéli, avec à bord de nombreux militaires de l'Armée nationale de développement (AND). Un départ qui a occasionné l'attroupement d'une foule de curieux aux alentours du port, venus constater qu'effectivement l'opération de débarquement sur Anjouan, annoncée depuis des semaines, est entrée dans sa phase de mise en oeuvre.

Il ne s'agit pourtant pas de navires de guerre, mais des bateaux civils qui assurent généralement le trafic maritime inter-îles, notamment le 13 Rajab. C'est aussi dans une ambiance surchauffée et sous les cris d'encouragement de jeunes amassés le long de la route du port que les soldats revêtus de leur uniforme ont pris le large, dans une mer agitée, vers l'île de Djoumbé Fatima où est installé le quartier général du détachement de l'AND chargé de la mission de “rétablissement de l'ordre” à Anjouan.

“Une mission à haut risque”, selon un officier, mais pour laquelle le chef d'état-major lui-même s'est engagé à mener avec ses hommes, sur l'ordre du président de la république, afin de “défendre l'unité nationale et l'intégrité territoriale du pays”, déclarait le colonel Salimou Mohamed Amiri.

Si les préparatifs ont duré plusieurs semaines, nul ne sait encore quand et comment les éléments de l'AND interviendront à Anjouan pour pacifier l'île. Depuis trois jours, les communications téléphoniques avec Anjouan sont quasi interrompues, et le déplacement des journalistes n'est pas facilité. Certains confrères ont pris le risque de s'y aventurer par des embarcations de fortune.

Pour tenter de temporiser les ardeurs du président Sambi dans sa volonté d'en découdre militairement avec la rébellion anjouanaise, trois pays viennent de relancer l'idée d'une possible « médiation de la dernière chance », en demandant au chef de l'Etat comorien d'ajourner son intervention militaire, en contre partie d'un accord qui pourrait être arraché au colonel Bacar. L'initiative viendrait de l'Afrique du Sud, en concertation avec la France et les Etats-Unis d'Amérique.

El-Had Said Omar
080208/eso/hzkpress e/6h00

Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
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# Posté le vendredi 08 février 2008 17:56

L'armée se prépare à attaquer Anjouan

L’armée se prépare à attaquer Anjouan
Le gouvernement de l'Union des Comores prévient qu'un débarquement militaire est imminent sur Anjouan. Il reproche à l'Union africaine son inaction sur ce dossier épineux.


Le président comorien, Ahmed Abdallah Sambi excédé par les atermoiements de l'UA.
Excédé par l'inaction de l'Union africaine (UA), le gouvernement de l'Union des Comores semble décidé à intervenir militairement sur l'île comorienne d'Anjouan pour mettre un terme à l'aventure du colonel Mohamed Bacar dont la réélection en juin 2007 est rejetée par l'UA.
Les autorités comoriennes, du président Ahmed Abdallah Sambi au chef de l'armée, ont multiplié ces derniers jours les déclarations va-t-en guerre à l'encontre d'Anjouan, visiblement excédées par les atermoiements, selon elles, de l'UA sur le dossier.
Conflits de compétence
L'Union des Comores est secouée depuis des années par des conflits de compétence entre les trois îles (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli), dotées chacune de leurs propres institutions, et l'Etat fédéral.
Le colonel Mohamed Bacar, réélu président d'Anjouan le 10 juin 2007 à la suite d'une élection contestée à la fois par l'UA et l'Etat fédéral, refuse depuis d'organiser de nouvelles élections.
Jeudi, une source proche de l'armée comorienne a jugé qu'un débarquement de l'armée comorienne était « imminent » à Anjouan.
« Il y a de nombreux soldats ici. Ils sont visibles dans les rues. Lorsqu'on les approchent, ils paraissent déterminés à en découdre avec le colonel Mohamed Bacar », selon Mohamed Nanssuri Riziki, président d'une association de protection des droits de l'Homme, joint par l'AFP à Mohéli.
Outre les préparatifs militaires visibles sur l'île de Mohéli, située en face d'Anjouan, le gouvernement de l'Union s'est efforcé de rallier le soutien de la population.
Depuis plusieurs semaines, la télévision et la radio nationale ont modifié leurs programmes pour diffuser des émissions de « sensibilisation »sur l'opération militaire en préparation.
M. Sambi a également obtenu le soutien de la plus haute autorité religieuse du pays, le grand Mufti Saïd Ahmed Saïd Toihir.
« Dans la mesure où le dialogue n'a pas donné de résultats, le président de la République a raison d'user de tous les moyens » pour régler la crise, a déclaré le grand Mufti en début de semaine.
La France, l'UA et l'Union des Comores avaient conclu début novembre un accord visant à résoudre la crise, passant par un embargo et un gel des avoirs financiers des plus hautes autorités de l'île. Mais ce blocus n'a pas fait plier l'homme fort d'Anjouan, faute de moyens maritimes suffisants.


SOURCE: AFP
# Posté le vendredi 08 février 2008 17:32

A ndzuani, en attendant le débarquement

A ndzuani, en attendant le débarquement
Depuis quelques jours, Ndzuani revit péniblement. Dimanche 3 février, une cargaison de gazole est arrivée. "Cela faisait plusieurs jours qu'on n'avait quasiment plus d'électricité. Il n'y avait quasiment plus de taxi non plus", dit un étudiant. Mardi 5 février, les taxis avaient repris leur cirque -moins nombreux qu'à l'accoutumée cependant, et les coupures d'électricité étaient rares, mais il n'y avait toujours pas d'essence ni de pétrole lampant. Dans les foyers, on cuisine au feu de bois ; dans les rues, on marche. Cela faisait longtemps que Mutsamudu n'avait paru aussi calme que ces derniers jours. Il y a bien quelques commerçants qui proposent du pétrole et de l'essence achetés à Mwali ou à Ngazidja, mais les prix en rebutent plus d'un : le litre du pétrole est à 1.000 francs comoriens, contre 250 en temps "normal" ; l'essence peut monter jusqu'à 1.500 fc... Conséquence : le prix du poisson (les pêcheurs utilisent du pétrole lampant pour leurs vedettes) a plus que doublé, passant de 500 ou 600 fc à 1.250 voire 1.500 fc. "On n'avait jamais vu ça à Anjouan", dit un habitant de Mirontsy. Même la viande congelée a légèrement augmenté. Seul le riz est stable. "Pour ça, il n'y a rien à redire", affirme un Mutsamudien. "Si sur certains produits les commerçants en profitent, sur le riz, on n'est pas lésés." Eternel optimiste, Abdou Madi, porte-parole du gouvernement, promet dans les jours qui viennent l'arrivage d'une cargaison d'essence et de pétrole.

Pas de quoi raviver la flamme cependant, et ce, même si un porte-conteneurs a accosté mardi au port de Mutsamudu. C'est que la crise économique se fait de plus en plus violente. Les fonctionnaires n'ont pas été payés depuis le mois de juillet. Les commerçants vendent peu. "C'est la récession comme on n'en avait pas connu depuis longtemps", affirme l'un d'eux. Surtout, la chape de plomb imposée par le régime Bacar est oppressante. Il est quasi impossible de discuter sereinement avec des gens dans la rue. On nous invite à se retrouver plus tard, dans un bureau, une maison... "Mais pas ici." Et la nuit si possible... Quoi qu'en disent ses dignitaires, le régime Bacar fait peur et s'est attiré la haine d'une grande partie de la population. "Je ne connais pas une personne qui ne soit en faveur du débarquement - à part les quelques Bacaristes, et ils ne sont pas nombreux", dit un étudiant. "Les gens sont prêts à payer le prix d'un conflit sanglant. Ils sont prêts à prendre le risque de se faire tuer, pour voir Bacar disparaître", regrette un médecin, qui préfèrerait une issue diplomatique. Pour lui comme pour d'autres intellectuels -Caambi el-Yachourtui, membre du gouvernement Bacar en fait partie-, "c'est encore une fois le peuple qui va en payer le prix fort"...

Avec impatience pour les nombreux "sans-grade", dans la crainte d'un bain de sang chez certains responsables administratifs, "sereinement" parmi les dirigeants, Ndzuani est une île qui se prépare à la guerre. Il suffit de se brancher sur la Radio Télévision d'Anjouan (RTA), l'organe de propagande du régime Bacar, pour s'en persuader. Entre chaque programme, des slogans sont censés développer, chez le téléspectateur, des sentiments divers. Anti-guerre : "Allumer un brasier à Anjouan / Générera un pogrom / Généralisé aux Comores." Anti-Sambi : "Le volcan Comores sera en éruption / S'ensuivra alors un séisme institutionnel / C'est la loi de la nature." Séparatistes : "Anjouan sait ce qu'elle veut / Anjouan aura ce qu'elle veut / Et le pardon ne signifie pas l'oubli." Ou simplement belliqueux : "Plus de 600 morts au Kenya (...) / Ne pensez pas que ça n'arrive qu'aux autres ." Ou : "Un tigre ne prononce pas sa tigrité ; il bondit sur sa proie sous réserve qu'elle n'est pas un rhinocéros." Le tigre ici, c'est Sambi...

Si la population s'amuse de ces écrits propagandistes, elle rigole moins quand il s'agit d'évoquer la forte présence policière. Tous les soirs, des descentes des Forces de la gendarmerie anjouanaise (FGA) sont organisées dans divers coins de l'île. Lundi soir, vers 23 heures à Mirontsy, des gendarmes ont "incité" ceux qui discutaient sur la place publique à rentrer chez eux. Mardi soir, plusieurs groupes ont patrouillé dans les rues de Mutsamudu. Certains en uniformes ; d'autres en civil. Quelques heures plus tôt, un camion chargé de soldats surexcités, a traversé à toute allure la capitale, aux sons des klaxons et des chants menaçants. "Ils vont à Sima", affirme-t-on sur la corniche de Mutsa. Les récits d'intimidations et d'arrestations arbitraires sont légion. A Mirontsy, Mutsamudu, Bambao Mtsanga, Domoni, Sima, Bimbini, etc. On parle de dizaines de personnes emmenées, entre minuit et 3 heures du matin, dans l'un des camps qui "accueillent" les opposants...

Faire le tri entre la rumeur et l'information à Ndzuani est plus difficile encore que dans le reste de l'archipel -c'est dire ! Il n'est ainsi pas aisé de savoir où est le vrai, où est le faux. Sur Internet, on évoque des viols et des tortures. Sur place, personne n'a entendu parler de viols. "Sous Abeid, il y en a eu, mais pas actuellement, je ne crois pas", dit un partisan de Sambi. Abdou Madi peste pour sa part "contre ces rumeurs insultantes pour notre pays et pour les Anjouanaises". "Par contre, il y a des tortures. Un ami à moi, un cousin de Sambi, s'est fait arrêter à 2 heures du matin. Les gendarmes avaient entouré sa maison. Pendant plusieurs jours, ils lui ont frappé le bout des pieds. Pas le corps ni le visage. Juste le bout des pieds. Il a été emprisonné deux semaines. Il ne pouvait plus marcher à sa sortie", affirme un autre partisan de Sambi, chez lui, tard dans la soirée. Sa faute : être de la famille du président de l'Union. Un autre cousin de Sambi, Omar Ahmed Galela, est lui toujours en prison, depuis bientôt un mois.

D'autres récits font état de coups sur la tête et le dos. De piétinements. De footing imposé bien avant l'aube. De piqûres à l'aide de seringues. Un médecin qui a tenu à rester anonyme dit avoir soigné une personne ainsi martyrisée, et avoir effectué des tests VIH et Hépatite B pour vérifier qu'elle n'avait pas été contaminée par ces piqûres. "A sa sortie, il est resté quatre jours alité."

De nombreuses familles ont été touchées. Elles ont vu leurs fils emprisonnés à Ouani, au terrain d'aviation -certains sont parqués dans un conteneur, affirment des témoins-, à Patsy ou à Domoni -où certains seraient emprisonnés dans une citerne, comme à l'époque d'Abeid. Elles les ont retrouvés pleins de bleus et de contusions. Mais très peu acceptent de parler. Leur refus de s'exprimer ou de présenter leur fils, alité, est en soi une information. "On est désolé", me dit-on à plusieurs reprises. "Revenez après le débarquement, là on pourra vous parler."
Un commerçant qui a passé un mois en prison pour une faute dont il n'a toujours pas eu connaissance -il a été jugé, mais ne connaît pas le verdict du Tribunal-, se souvient de sa détention, à la prison de Patsy. "Nous étions entre soixante et soixante-dix. Moi, j'avais le droit de sortir dans la cour la journée, mais les autres, non. Pour manger, on nous donnait un repas par jour. En tout, on avait 40 kilos de riz et un kilo de poisson. Ce n'était que de l'eau." Dans un premier temps détenu au camp militaire de Sangani, dans un canal de 8 mètres de long sur 2 de large et 2 de hauteur, il a ensuite été placé dans une cellule individuelle durant neuf jours. Puis il a été envoyé à Patsy, où il se trouvait en présence d'autres détenus. Des anciens, prisonniers de droit commun. Et des récents, prisonniers politiques selon lui. "Ces derniers étaient parfois placés dans un petit canal comme celui où j'ai été mis les premiers jours, et on y jetait de l'eau. Il ne pouvaient pas s'y allonger et devaient rester debout..." Certains étaient parfois emmenés ailleurs, "où ils étaient frappés à coups de bâtons sur le talon. Quand ils revenaient, leur talon était enflé ; ils ne pouvaient plus marcher”.

Le régime nie les tabassages et les incarcérations politiques. Abdou Madi, porte-parole du gouvernement, reconnaît que les arrestations se sont multipliées depuis l'"attentat" contre la voiture de Roukia -début janvier, la voiture de la directrice des Douanes, l'une des plus proches collaboratrice de Mohamed Bacar, a été incendiée, ce qui a provoqué la destruction de deux autres véhicules garés à proximité. Il parle d'"opérations de maintien de l'ordre"-, et reconnaît "un durcissement des méthodes dans le but d'atteindre la vérité", mais, soutient-il, "on ne peut pas dire qu'ils ont été malmenés". "L'opération a été déclenchée depuis l'incendie criminel. On ne va quand même pas nous reprocher d'ouvrir une enquête judiciaire alors que trois voitures ont été brûlées !" Selon lui, l'enquête a permis de trouver des documents dans lesquels étaient programmées des opérations contre le pouvoir : incendies de maisons, enlèvements -"dont le mien". Le témoignage de notre commerçant remonte cependant à la fin de l'année 2007, bien avant ce que le Parquet a qualifié d'"attentat".

Les propos d'un autre membre du gouvernement, dont nous préférons taire le nom, sont plus nuancés. Il ne nie pas les arrestations arbitraires -des membres de sa famille en ont été victimes- et les tabassages. Il assure cependant que "c'était après l'incendie des voitures" et qu'aujourd'hui, "c'est en voie de normalisation". Toujours selon ce ministre, "beaucoup d'exactions sont le fait d'éléments incontrôlables de l'armée. Les directives ne viennent pas forcément d'en haut, mais certains soldats croient bien faire en agissant de la sorte".

Le reste n'est que propagande organisée depuis Moroni... C'est ce que soutient Abdou Madi. "Ils exploitent les nombreux départs." Selon lui, "c'est vrai que les gens fuient, mais ce n'est pas parce qu'ils ont peur du régime Bacar. C'est parce qu'ils sont atteints psychologiquement par la possibilité de l'agression militaire de Sambi." Dans la rue, le discours est bien différent. "Depuis quelques jours, Mirontsy et Mutsamudu sont des villes isolées", dit un habitant de Mirontsy, employant le mot "isolées" pour celui, plus juste, d'abandonnées. "Les gens fuient la répression politique. Ils ont peur car ça peut arriver à n'importe qui." "Les récits des prisonniers nous sont parvenus et on ne veut pas vivre ça. Ceux qui sortent fuient vers Moroni ou Mohéli ou se cachent" dit un partisan de Sambi qui, depuis plusieurs jours, se fait discret. "Je sais qu'on me surveille, mais moi au moins je n'ai pas à me cacher. Même si je sais que mon jour viendra." Ils seraient une dizaine aujourd'hui, à déménager chaque soir de cachette en cachette. Dans la médina de Mutsamudu, dans ses faubourgs, en brousse.

Kamal Ali Yahoudha est l'un d'eux. Joint par téléphone, le journaliste recherché depuis début décembre par les autorités anjouanaise affirme que la répression s'est intensifiée ces derniers jours. "Depuis l'incendie de la voiture de Roukia", dit-il. Il fait selon lui l'objet d'une quête incessante. "Ils veulent à tout prix m'attraper. J'ai même dû cacher ma femme." Auteur d'un blog sur Internet, il y délivre des informations gênantes pour le pouvoir, mais parfois non vérifiées...

Récemment, il a lancé une rumeur selon laquelle l'hôpital de Hombo serait transformé en camp militaire. Des gendarmes y ont été vus en train de construire un bâtiment. Abdillah Sidi, le directeur du Centre hospitalier régional, est qualifié par les opposants au régime de “bacariste”, et fait partie des personnes interdites de quitter le territoire dans le cadre des sanctions imposées au régime Bacar par l'Union africaine. Lui se dit apolitique, et affirme qu'il continuera à diriger l'hôpital comme il le fait depuis bientôt quatre ans. Il nie les accusations du journaliste : "Yahoudha a lancé cette information parce qu'on a vu des soldats au CHR, mais il n'a pas cherché à savoir pourquoi ils sont là. Il a dit que le pouvoir allait en faire un lieu de repli." En fait, assure le directeur, "ils construisent une maison pour un coopérant chinois. Actuellement, nous avons trois médecins chinois, mais seulement deux logements. Ils ont exigé un troisième logement sous peine de partir."

Au CHR, l'ambiance est morose. Outre les nombreux arriérés de salaire -les médecins se sont récemment fait payer leur mois d'août 2007- les services tournent au ralenti. "Depuis quelques semaines, il y a moins de monde. Cela ne signifie pas que les gens sont moins malades, mais qu'ils n'ont plus d'argent pour venir jusqu'ici. Depuis Mirontsy ou Mutsamudu, cela revient à 600 fc, bien plus depuis la brousse. Tout le monde n'a pas cette somme", regrette Abdillah Sidi. Au service de pédiatrie, alors qu'auparavant, on traitait quinze à vingt cas par jours, on n'en compte pas plus de cinq actuellement. "Avant, à cette heure [11heures, ndlr], il y avait une file indienne ici. Regardez : il n'y a déjà plus personne aujourd'hui", indiquait mardi le docteur Rakilou Ahmed. Les enfants malnutris, qui étaient nombreux auparavant, ne viennent plus. "Cela ne signifie pas du tout qu'il n'y en a plus. Au contraire, vu la situation, il doit y en avoir beaucoup plus. Mais ce sont souvent des familles pauvres. Elles n'ont pas les moyens de les amener jusqu'ici... "

Ici, la perspective d'un affrontement armé ne laisse pas insensible. Si pour l'heure, le directeur affirme n'avoir reçu aucune personne tabassée ou torturée -ce qui implique deux hypothèses : soit elles n'existent pas comme l'affirme le régime, soit elles se font soigner chez elles, comme le disent les opposants-, "nous ne serons pas capables d'accueillir un afflux massif de blessés. Nous n'avons aucun sang d'avance. D'habitude, nous demandons aux membres de la famille de la victime d'en donner. De plus, la pharmacie est presque vide ; nous avons peu de médicaments", indique le directeur. "Nous n'avons aussi que très peu de sérum. Pas assez pour assurer les conséquences d'une guerre. Il doit en arriver dans les prochains jours, mais je ne sais pas quand. Le problème, c'est que comme je fais partie de la liste des interdits de se déplacer par l'Union, je n'ai pas pu aller me réapprovisionner en Tanzanie comme j'en avais l'habitude." Selon M. Sidi, "s'il y a beaucoup de blessés par balle, cela sera dramatique car nous n'avons pas les moyens de les sauver". En ce sens, il continue de croire en un règlement de la crise par la voie diplomatique.

Seul l'oxygène ne devrait pas faire défaut, "car nous avons suffisamment de cylindres", assure le directeur. "A mon arrivée à la tête de l'hôpital il y a quatre ans, il n'y en avait que huit. J'en ai fait venir trente. Donc c'est suffisant." L'oxygène, c'est pourtant ce qu'il manque le plus aux Anjouanais...


SOURCE: kashkazi numéro 69
# Posté le vendredi 08 février 2008 10:26

KASHKAZI: EDITO du N° 69

KASHKAZI: EDITO du N° 69
Il n'y a pas de guerre juste, ni de conflit que l'on préfère à la paix. Mais que c'est curieux de voir des gens appeler de tous leurs voeux à la guerre. C'est pourtant ce que font une partie des Comoriens depuis la déclaration du président Sambi le 21 décembre à Mwali, ordonnant à l'Armée nationale de développement (AND) de "libérer Anjouan". La crise anjouanaise a pris ce jour-là un tournant dangereux mais visiblement souhaité par une grande majorité des habitants de l'archipel, qui a suscité deux rassemblements sur la place de l'indépendance de Moroni, pour réclamer "le débarquement" et déloger le président autoproclamé de Ndzuani, le colonel Bacar.

Si l'on peut comprendre l'exaspération du président de l'Union dont l'autorité ne s'exerce pas sur cette partie du territoire national, ainsi que le désespoir de la population anjouanaise, victime d'exactions effectuées par les Forces de la gendarmerie anjouanaise (FGA), on comprend difficilement la culture belliqueuse qui accompagne l'option militaire choisie pour dénouer la crise politique.

La rue comorienne est en effet en effervescence et l'intervention armée prévue à Ndzuani est devenue le sujet de prédilection sur toutes les places publiques. C'est à peine si l'on ne chante pas les vertus de la guerre pour la justifier comme "le seul moyen de consolider la nation". L'instinct belliqueux a contaminé le corps social, chacun essayant d'y trouver un signe de puissance et de vitalité plutôt que l'expression de l'incapacité des hommes à dialoguer pour chercher ensemble les réponses appropriées à leurs problèmes. Le discours ambiant emprunte la voie de l'aveuglement et déchaîne ces mots empoisonnés dont on ne mesure plus la gravité et la capacité de destruction prouvée en d'autres lieux, et dont l'actualité nous apporte quotidiennement les images d'épouvante. Insidieusement, les esprits s'y accoutument, musèlent les voix contraires et trouvent des justifications au recours à la violence sous prétexte qu'elle combat une autre violence, plus forte, plus insupportable.

Devenu l'exutoire d'autres frustrations quotidiennes pour lesquelles on n'a plus de réponse, le champ de bataille est habité par un discours de la démesure. Alors qu'officiellement, l'intervention de l'AND à Ndzuani reste une opération de rétablissement de l'ordre républicain, la rue y voit une "guerre de libération". Certes, le gouvernement de l'Union ne s'efforce pas de nuancer les mots. En langue comorienne, comme en français, l'armée va "libérer" l'île, répète-t-on, laissant volontairement s'opérer ce glissement sémantique qui satisfait les fantasmes. Le rétablissement de l'ordre et la guerre sont pourtant deux notions de sens juridique différents, n'appelant pas aux mêmes moyens et n'entraînant pas les mêmes conséquences.

A Ndzuani aussi, on se livre volontairement à ce jeu malsain. Comme cette réplique de Bacar à Sambi lorsqu'il lui conseillait de "ne pas pousser les Anjounais à dire qu'un jour nous allons déplacer la guerre à Ngazidja". Expliquant la réaction des autorités anjouanaises face à une éventuelle intervention militaire, Mohamed Abdou Madi affirme qu'"Anjouan n'a pas de gros moyens mais elle est prête à mener la guerre des pauvres". "Nous les attendons de pied ferme. Nous ferons de notre mieux pour les repousser. Nous saurons répondre à la guerre par la guerre. Mais je ne comprends pas que l'Union africaine valide une telle solution alors qu'au Kenya, elle fait tout pour arrêter la guerre et pousser à la formation d'un gouvernement d'union nationale", déclarait-il également le 25 janvier dans les colonnes du Quotidien de la Réunion, semblant répondre à Sambi qui, un mois plus tôt, affirmait que "s'il faut que le sang coule pour qu'Anjouan revienne dans le giron national, je jure qu'il coulera"...

Le recours au terme mythique de "libération" relève de cette même logique de l'exagération. Ndzuani n'est pas occupée par une force étrangère, mais la seule évocation de sa "libération" glorifie l'action envisagée et donne à l'intervention militaire, une légitimité quasi intrinsèque. L'effet de sublimation que renvoie ce terme se trouve résumé dans cette transposition toute trouvée : "Après Anjouan, l'armée doit se préparer à libérer Mayotte", avait lancé un intervenant au dernier rassemblement de soutien au débarquement organisé à Moroni.

L'enjeu de l'intervention militaire à Ndzuani ne serait donc plus d'obliger le colonel rebelle à se soumettre aux règles du jeu électoral, mais de reconquérir la souveraineté confisquée des îles comoriennes. Cela ne semble pas être la préoccupation première d'une opération dite d'instauration de l'ordre institutionnel. Dans cette confusion voulue, la rue cède aux exagérations et sur la crête des mots détournés de leur sens, elle se laisse prendre au jeu des manipulations.

Poursuivons ce lexique avec ce militant anti-Bacar. Parlant de l'arrivée à Moroni et à Fomboni de personnes fuyant les exactions perpétrées par les Forces de la gendarmerie anjouanaise, il qualifia ce phénomène de "déplacement de population" pour un peu moins ou un peu plus d'un millier d'Anjouanais venus à Moroni, oubliant sans doute ce que signifie cette expression au Kenya, par exemple, où le nombre de personnes ayant fui les violences post-électorales étaient évalué le 25 janvier à 250.000...

La Fédération comorienne des Droits de l'Homme (FCDH), dont l'éthique devrait imposer une analyse rigoureuse des situations pour éviter toute instrumentalisation, écrivait quant à elle dans un récent communiqué, qu'un "drame humanitaire qui peut déboucher sur un génocide est en gestation ces jours ci dans l'île comorienne d'Anjouan. Ce qu'on appelle pudiquement le pouvoir de fait, arrête, torture, expulse, viole bon nombre de nos frères et s½urs dans cette île martyre et martyrisée quotidiennement". Si les gendarmes anjouanais se livrent à des intimidations, des arrestations et des tortures comme l'attestent de nombreux témoignages, rien ne permet de comparer ces exactions à un "génocide" qui, rappelons-le, consiste à exterminer volontairement un peuple. L'inconscience de la dimension d'horreur que revêt ce terme et un nombrilisme insulaire exacerbé à l'extrême décrédibilisent de fait les informations de la FCDH, dont les membres ne se rendent visiblement pas compte de l'indécence et du ridicule qu'il y a à assimiler la situation anjouanaise à celles des Tutsi en 1994, des Juifs et des Tziganes en 1942, des Arméniens en 1915, des Herrero en 1904...

Dernière incursion dans notre dictionnaire des mots galvaudés : "dictature". S'il peut être utilisé pour décrire les errances du régime Bacar, qui n'accepte aucun contre-pouvoir et a fait des pouvoirs législatifs et judiciaires des outils de l'éxécutif, voici que des opposants de Sambi l'emploient pour critiquer la politique du président comorien. Certes, les Comores ont connu des dictatures -relativement peu sanglantes. Certes, on peut reprocher au chef de l'Etat les disfonctionnements de la Cour constitutionnelle, le rôle marginal accordé à l'Assemblée et ses incursions dans le système judicaire. Mais la dictature, c'est aussi et surtout la privation des libertés individuelles, à commencer par celle qui consiste à s'exprimer sans contrainte. Sur ce point, les habitants de Ngazidja ne peuvent globalement pas se plaindre.

Dans un précédent article, nous relevions une certaine propension des acteurs politiques comoriens à "mettre en scène les peurs et les désirs de revanche" (lire Kashkazi n°67). Dans la "guerre psychologique" que se livrent aujourd'hui les deux camps, l'espace est de plus en plus saturé de mots empoisonnés qui réveillent des anciennes fractures et frustrations, et que les blogs se chargent, sur la toile, de distiller tels des virus pour pourrir un peu plus une situation déjà complexe. Chacun forge ses mots pour doper la haine, pour légitimer la "guerre", pour justifier la violence, pour préparer à accepter l'horreur. Des mots comme autant de munitions aussi meurtrières que les balles et les roquettes...
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# Posté le vendredi 08 février 2008 10:19

La libération d'Anjouan est imminente

La libération d'Anjouan est imminente
Le chef d'état-major de l'Armée nationale de développement (And), le lieutenant-colonel Salimou Mohamed Amiri, a déclaré jeudi que tous les préparatifs avaient été bouclés, ce qui signifie l'imminence de l'intervention de l'armée comorienne pour rétablir l'ordre constitutionnel dans l'île autonome de l'Union des Comores, Anjouan.

Depuis plus d'une semaine, l'essentiel des troupes se trouvent à Mohéli, l'autre île de l'Union des Comores la plus proche d'Anjouan à une distance approximative d'une soixantaine de km. Les derniers éléments des troupes sont arrivés à Mohéli jeudi. Selon le chef d'état-major, l'opération sera menée conjointement par la gendarmerie, la Force comorienne de défense ( FCD) et le service de santé militaire. Des sources dignes de foi font croire que quatre pays africains en l'occurrence le Soudan, la Libye, le Sénégal et la Tanzanie, pourraient envoyer des troupes militaires en appui à l'armée nationale. Ils ont déjà fait part de leur disponibilité à accompagner le président Ahmed Abdallah Sambi dans sa volonté de libérer l'île d'Anjouan des griffes du colonel Mohamed Bacar. Des tractations sont actuellement en cours pour déterminer le genre de concours dont l'And a réellement besoin.

Il est admis que l'appui des ces quatre pays amis fait suite à l'intervention du chef de l'Etat au sommet de l'Union Africaine à Addis-Abeba, du 31 janvier au 3 février, où il a justement regretté la non-effectivité des mesures de l'UA et montré sa détermination à recourir à la force pour en finir, une bonne fois pour toutes, avec la crise anjouanaise.

C'est à partir d'Itsamia, une célèbre plage située au sud-est de Mohéli, où stationne une unité de l'armée nationale que partira probablement l'And dans sa croisade contre les autorités séparatistes d'Anjouan.

Reprendre le contrôle de l'île d'Anjouan et neutraliser la milice de Mohamed Bacar c'est une question de jours. Deux jours nous suffiront pour maîtriser la situation. Mais, il y a, après, un long travail à faire pour stabiliser l'île. Cela peut, par contre, prendre des mois a indiqué le chef d'état-major.

Sur place à Anjouan c'est la panique générale depuis quelques jours. La population urbaine déplace massivement vers l'intérieur de l'île surtout des vieilles personnes et des enfants. Cette population qui attend avec impatience l'intervention de l'armée pour la libérer des souffrances du régime Bacar.

Cependant, les communications entre Anjouan et les autres îles sont interrompues depuis des jours et les informations n'arrivent qu'au compte-gouttes.


SOURCE: jeune afrique
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# Posté le vendredi 08 février 2008 09:52